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Page 2 sur 4Précédent 1, 2, 3, 4 SuivantUne conférence d'Eben Moglen que je vous recommande

Fil continu d'informations sur tout ce qui touche au libre, aux nouveautés et aux mises à jour majeures de logiciels libres. Merci de présenter toute news qui pointe vers un lien et de ne pas abuser des citations.

Ven 13 Juin, 2008 18:44

@maps : Je pense que Jess parlait du .mkv de Mikelenain

@Jess : tu pourrais nous copier-coller ici l'ensemble de la transcription de la video ? (si j'ai bien suivi, tu l'as récupérée depuis le .srt)

Merki :)
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pyg

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Ven 13 Juin, 2008 19:02

pyg a écrit:@maps : Je pense que Jess parlait du .mkv de Mikelenain

je l'ai mise en ligne ??? :shock:

pyg a écrit:@Jess : tu pourrais nous copier-coller ici l'ensemble de la transcription de la video ? (si j'ai bien suivi, tu l'as récupérée depuis le .srt)

il est sur le framablog
Une ch'tio peu d'pub :http://www.ina-ich.net/

"L'ignorance n'est pas ne pas connaître, c'est ne pas vouloir connaître."
Ubuntu 11.10 | LibreOffice | GnuPlot | PidGin | irssi | suite Mozilla | VLC ...
Mikelenain

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Géo : Lyon

Ven 13 Juin, 2008 19:31

pyg a écrit:@Jess : tu pourrais nous copier-coller ici l'ensemble de la transcription de la video ? (si j'ai bien suivi, tu l'as récupérée depuis le .srt)

Merki :)


C'est bien de ça que tu parlais ?

Ou tu veux le texte sans les balises?
"A mon avis chez Microsoft ils sont infiniment plus doués pour faire du fric que pour élaborer des systèmes d'exploitation performants." Linus Torvalds
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mepis
Linux User # 415016
Jess

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Géo : Palaiseau

Ven 13 Juin, 2008 19:46

Oh le dialogue de sourds ;)

@Mike: tu disais bien que tu as fait un .mkv ?
j'ai même muxé le mp4 et les sous-titres pour faire un mkv

Question : où trouver ce .mkv ?

@ Jess : non, je parlais du texte sans balise. Ca a été demandé sur le blog et, effectivement, j'ai tendance à penser que pour les plus pressés qui n'ont pas (pour le moment !) une heure à passer à regarder les sous-titres défiler, ça peut être bien utile d'avoir un bon vieux .txt à lire :)
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pyg

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Géo : Lyonnais

Ven 13 Juin, 2008 19:50

:? arf !

:| mais comment on fait pour faire un .txt à partir d'un .srt ?

:shock: faut pas enlever les balises à la main quand même !

y a pas le texte sur le wiki framalang ?
"A mon avis chez Microsoft ils sont infiniment plus doués pour faire du fric que pour élaborer des systèmes d'exploitation performants." Linus Torvalds
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mepis
Linux User # 415016
Jess

Messages : 1252
Géo : Palaiseau

Ven 13 Juin, 2008 19:53

pyg a écrit:@Mike: tu disais bien que tu as fait un .mkv ?
j'ai même muxé le mp4 et les sous-titres pour faire un mkv

Question : où trouver ce .mkv ?


Il est prévu d'autres formats qu'on mettra à dispo. J'ai déjà un mkv depuis quelques temps et donc le format est bien plus grand que le format d'origine, et donc se prête bien mieux à l'application de sous-titres.

Patience patience, ça vient ;).
Quand tout le reste a échoué, lisez le mode d'emploi.
yostral

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Géo : Là-haut dans la montagne...

Sam 14 Juin, 2008 04:15

@Jess, désolé, pour une raison connue de mon subconscient uniquement, j'étais persuadé que tu étais l'auteure de ce message.

Comme demandé par M'sieur Nitot, en voici la transcription mimine inside (désolé pour la longueur) :
INTRODUCTION

Ok, nous allons continuer, car comme je le disais plus tôt, il est préférable pour notre karma de respecter le programme, et une matinée merveilleuse nous attend...
Ceci est le 3e jour de la meilleure conférence Plone, Zope ou Python ou de n'importe quelle conférence à laquelle aucun d'entre nous ai jamais assisté. Je sais que je l'ai déjà répété un millier de fois, mais bon, on vous aime ONE/NOrthwest merci de permettre que tout ça se passe, c'est vraiment super de votre part.

Pour cette conférence 2006, le discours d'ouverture sera prononcé par le Professeur Eben Moglen, conseil juridique de longue date pour la Free Software Foundation, fondateur du Software Freedom Law Center, et professeur à l'Université Columbia. Je pense que vous avez bien dû prononcer 125000 discours, et je suis persuadé que 124000 des introductions furent bien meilleures que n'importe quelle production de mon petit esprit.

Alors, au lieu de parler de vous, je vais parler... de nous! En fait, j'allais parler de moi, mais... Certains d'entre nous sont les créateurs de logiciels que nous distribuons gratuitement, pour le bien de tous.

Certains d'entre nous, particulièrement à cette conférence, particulièrement dans le secteur associatif, utilisent ces logiciels pour réaliser leurs actions d'intérêt général, par exemple, c'est le cas d'Oxfam Grande-Bretagne, qui sont des grands amis à nous, certains d'entre eux sont au moment où je vous parle sur le terrain en Afrique, améliorant le sort de l'Humanité. Nous tous, les créateurs et les consommateurs de ces logiciels, sommes liés ensemble par cette réalisation, cette communauté, fondée sur cette conversation et cet échange d'idées, et nous voulons que, au lieu de... nous ne voulons pas que vous restiez de simples récipendiaires de notre logiciel, mais nous voulons que vous soyez acteurs de son élaboration.
Et c'est un bouleversement des idées, une inversion des rôles, un grand changement des droits. Ce qui est merveilleux dans tout ça, c'est que ce sont les gens qui nous ont précédé qui ont rendu cette conversation possible, et nous ont permis de faire ce que nous faisons. Nous sommes les bénéficiaires des gens qui ont créé ces concepts, mis ce système en place, nous avons, heureusement, nous avons avec nous aujourd'hui quelqu'un qui a passé des années à mettre cette pensée, ce système en place, concrétisant ces idées, réalisant le travail, rendant cela possible. C'est avec une joie profonde... pour nous, que je laisse la parole au Professeur Eben Moglen.

FIN DE L'INTRODUCTION - DEBUT DU DISCOURS D'EBEN MOGLEN

Merci. Si jamais j'ai prononcé 125000 discours dans ma vie, ce qui je crois n'est que l'illusion de ceux qui m'ont déjà écouté, j'ai rarement été aussi bien accueilli, car rarement, en vérité, il n'a été aussi peu question de moi. En fait, il n'est pas du tout question de moi, ce que je préfère grandement.

J'aimerais parler d'un pan commun de nos vies sur lequel Paul met le doigt: les règles et les méthodes de vie commune liées aux logiciels. J'aimerais aussi tenter d'expliquer en quoi consiste d'après moi, d'un point de vue plus large, leur valeur morale et leur signification économique. Les aspects moraux et économiques sont indissociables. Notre action est née d'une question morale, et cette dimension reste prépondérante. Mais en chemin, notre action a ouvert une fenêtre qui nous offre un regard sur l'organisation économique de la société du 21ème siècle.

Considérons l'économie du 20ème siècle: elle reposait fondamentalement sur l'acier.
La production d'acier était l'activité de base du 20ème siècle, et les performances des sociétés s'évaluaient grosso modo par leur capacité à produire de l'acier. Ce fut le premier signe du réveil de l'Europe en tant qu'entité économique après le désastre de la Seconde Guerre mondiale. Ce que l'on nomme aujourd'hui "Union Européenne", que nous avons longtemps nommé "Communauté Economique Européenne", et avant cela "Marché Commun", est né de l'initiative de Jean Monet, sous le nom de "Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier", organisme créé dans le but de relancer l'industrie européenne. De leur côté, les Tigres asiatiques ont commencé à s'imposer dans l'économie mondiale quand ils ont commencé à produire de l'acier en quantité notable. Et quand Mao Zedong a cherché une forme alternative de développement économique pour la République populaire de Chine lors du Grand Bond en Avant, c'est sur les fourneaux d'arrière-cour qu'il s'est appuyé. Au 20ème siècle, c'était là la conception que l'on avait de la collaboration économique: produire de l'acier. Et grâce à l'acier, les sociétés du 20ème siècle ont pu fabriquer de quoi explorer leur environnement et maîtriser la nature pour le bénéfice de l'humanité.

L'économie du 21ème siècle ne repose pas sur l'acier. Elle repose sur le logiciel.

Lequel est aussi fondamental pour le développement économique moderne que la production de lingots d'acier l'a été au 20ème siècle. Les Etats-Unis sont passés à une structure sociétale et à une économie cette évolution est en cours ailleurs dans le monde industrialisé et se répandra aux pays en voie de développement à une économie dont la matière première fondamentale est le logiciel. Et la bonne nouvelle, c'est que le logiciel n'appartient à personne. Pour comprendre en quoi c'est une bonne nouvelle, faisons un saut dans le passé et intéressons-nous au développement de l'économie de l'Occident, avant l'acier. Ce qui caractérise l'économie européenne d'avant l'acier, c'est la façon progressive et implacable dont les sociétés et les économies européennes ont imposé leur suprématie au reste du monde - avec autant de conséquences bénéfiques que néfastes -, suprématie rendue possible par la possession d'avancées technologiques fondamentales, principalement dans les domaines des transports navals et de l'armement. Le tout fondé sur une maîtrise des mathématiques supérieure à celle des autres civilisations contemporaines.

On peut interpréter de façons différentes la montée en puissance de l'Europe qui a redéfini l'ordre mondial. L'une d'elles est que l'Europe était la meilleure en mathématiques. Et les mathématiques, elles non plus, n'appartenaient à personne. Imaginez une société dans laquelle les mathématiques seraient devenues une propriété privée et détenues par des particuliers: à chaque fois que vous désirez vous lancer dans un projet utile - bâtir une maison, fabriquer un bateau, poser les fondations d'un pont, développer un marché, transporter des objets d'un endroit à un autre - vous devez au préalable passer au magasin de mathématiques pour acheter assez de maths pour le mener à bien. A chaque fois, vous ne pouvez utiliser que la quantité d'arithmétique que vous avez pu vous offir, et il est difficile de se constituer un éventail suffisant d'outils mathématiques, vu leur prix, pour en avoir en surplus. On peut prédire que les revendeurs de mathématiques vont s'enrichir. Et on peut prédire que toutes les formes d'activités dans la société, que leurs buts soit économiques ou pour le bien commun, vont devoir payer des impôts sur les mathématiques.

La "productisation" des connaissances en informatique - c'est-à-dire la transformation d'un logiciel en produit - a été, pendant une période aussi courte que cruciale de la fin du 20ème siècle, l'élément déterminant dans le progès technologique. Le logiciel était propriétaire. Vous pouviez agir dans selon ce que vous pouviez vous payer, et vous pouviez accomplir ce que le logiciel d'un autre avait rendu possible. Disposer, au sein d'une entreprise, d'un éventail suffisant de logiciels adaptables pour faire face avec souplesse à de nouvelles circonstances était si onéreux que seuls pouvaient se le permettre les plus grands groupes cherchant à dégager du profit dans le secteur privé.

De nos jours, nous allons vers un monde où l'essentiel de la production ne se fait pas dans des usines et n'est pas le fruit d'individualités, mais naît de communautés liées ensembles par des logiciels. C'est l'importance infra-structurelle du logiciel qui est le moteur de cette migration vers l'ère post-industrielle. Ce n'est pas tant que le logiciel soit une chose de valeur en soi - même si c'est vrai. Ce n'est pas tant que les applicatifs génèrent en boût de chaîne des activités intéressantes, ou profitent à des personnes physiques dans leur vie réelle - bien que cela soit vrai aussi. L'important, c'est que les logiciels permettent de nouvelles conceptions d'infrastructures et l'amélioration des échanges.

C'est un phénomène crucial dans l'histoire de l'économie, parce que la force motrice du dévelopement économique a toujours été l'amélioration des moyens de transit. Quand les marchandises transitent plus facilement, avec moins de frottement, d'un point à un autre, cela favorise la croissance économique et, par rebond, l'accroissement du niveau de vie. Ce phénomène se produit encore plus vite chez ceux qui jusque-là n'avaient pas accès au marché. En d'autres termes, l'amélioration des infrastructures tend à améliorer la situation des pauvres plus que la plupart des autres formes d'investissement dans le développement économique. Le logiciel crée des voies de communication qui ramènent les personnes éloignées de la vie sociale au centre même de la vie sociale. Le logiciel rapproche des gens qui jusque-là étaient éloignés. Et avec un peu d'efforts, on peut utiliser le logiciel pour empêcher que le logiciel devienne une propriété privée. En d'autres termes, le logiciel lui-même peut être la clé pour bannir l'impôt sur le logiciel.

C'est à ce stade que nous nous trouvons : sur le fil du rasoir.

Au moment où je vous parle, le monopole le plus solidement assis de l'Histoire commence à décliner. D'ici quelques mois, les causes de son échec sauteront aux yeux de tous, car elles sont d'ores et déjà limpides pour les observateurs bien informés qui prédisent des soucis à Microsoft. Les limites technologiques qu'implique le fait de vouloir produire des logiciels propriétaires ne fonctionnant pas mieux que ceux produits par la communauté du libre deviennent évidentes. Nombreux sont ceux qui, depuis longtemps, prédisent que les logiciels non-propriétaires finiront un jour ou l'autre par devenir supérieurs aux logiciels propriétaires.

Quand ceux d'entre nous qui possédent quelque expérience en la matière leur rétorquent: "Pourquoi un jour ou l'autre ? C'est déjà le cas !", ces personnes ont tendance à prendre l'exemple des produits de cette entreprise monopolistique et à tenter de démontrer pourquoi, pour telle ou telle raison, ils sont meilleurs. "Vous voyez, ça vous ne savez pas le faire".

Le navigateur web, comme nous le savons tous, est un bel exemple de bricolage informatique. Les navigateurs sont devenus des produits de base. Et Microsoft en a conçu quelques-uns. Ils ont consacré des années à la conception du navigateur qu'ils viennent de lancer sur le marché. Ils nous présentent donc le meilleur navigateur que leurs investissements en développement leur permettent de produire. Et le jour de sa mise à disposition, il se révèle moins performant qu'un concurrent non-propriétaire. Produit par qui ? Avec quoi ? Où ? Quand ? Le jour-même de sa sortie !

Ce que l'on constate cette semaine, ce que l'on constatera la semaine prochaine et encore celle d'après, au sujet de la version 7 d'Internet Explorer, on le constatera bientôt pour les noyaux des systèmes d'exploitation, les systèmes de fichiers, les gestionnaires de bureau et de fenêtres, et toutes les autres briques logicielles des systèmes d'exploitation orientés clients sur lesquels nous planchons à l'heure actuelle pour produire des logiciels de meilleure qualité à des prix infiniment plus bas.

Notre société demeure, en partie seulement bien sur, une société capitaliste. Et quand une entreprise bien implantée, quel que soit son niveau d'implantation, propose des produits manifestement inférieurs à des prix trois fois, voire infiniment, plus élévés, les conséquences d'une telle situation sont évidentes. La propriété du logiciel comme moyen de produire des logiciels de consommation courante ne fonctionne plus, et ce pour des raisons économiques. Mais comme je l'ai dit, l'éclairage économique qui ressort après avoir observé la transition de l'acier au logiciel compte beaucoup moins que l'analyse morale de la situation. Cette analyse montre que la situation actuelle est, et je reprends là l'expression d'un autre, "une anomalie dans les affaires de l'homme".

Pour tous ceux qui ont essayé ou essaient de remédier au problème de l'inégalité entre les hommes – principalement des penseurs soucieux de la morale dans la société -, le problème majeur, c'est l'incroyable difficulté qu'il y a à prendre aux riches pour donner aux pauvres sans recourir à la coercition ou la violence, elles-mêmes nuisibles au progrès social. A plusieurs reprises au cours de l'Histoire, des personnes bien intentionnées, déterminées et prêtes à sacrifier leur vie pour promouvoir l'égalité, se sont heurtées à ce problème. Nous ne pouvons procéder à une redistribution conséquente des richesses suffisamment vite pour pouvoir maintenir un certain élan politique sans utiliser des moyens de coercition ou la violence, qui en retour réduiront nos efforts à néant. Et à maintes et maintes occasions, comme Isaïe Berlin et d'autres théoriciens politiques de la fin du 20ème siècle l'ont montré, par excès d'orgueil, d'arrogance, de romantisme, ou par aveuglement, les individus oeuvrant pour l'amélioration définitive de la condition humaine et l'augmentation de l'égalité entre les hommes, n'ont su éviter cet écueil et n'ont pu qu'assister, impuissants, à l'échec cuisant de leur combat, torpillé par une coercition excessive.

Aujourd'hui, la donne a changée.

Le mur sur lequel les différents mouvements pour l'égalité entre les hommes, alors voués à choisir entre inefficacité et violence, est tombé. Pourquoi ? Parce que nous sommes aujourd'hui dans un monde où les coûts sont proches de zéro. L'acier ayant été remplacé par le logiciel, une part de plus en plus grande de la richesse produite ne génère pas de rivalité: elle peut être détenue par beaucoup sans coûter à quiconque davantage que si elle était détenue par seulement quelques-uns.

Le monde anglophone (et cela s'est passé d'abord dans le monde anglophone : en Ecosse, en Amérique du Nord, et jusqu'aux confins de l'Empire Britannique), a mis en place un système scolaire public "de masse" au cours des 18ème et 19ième siècles. L'Europe du Nord, à majorité protestante, a fait la même chose mais sur une plus longue période; or, même dans ce système scolaire public de masse, on ne peut toujours pas reproduire le savoir à l'infini. Les livres ont été les premiers biens produits en série dans les sociétés occidentales. Ils constituent le moyen le moins coûteux de rendre de grandes quantités d'information disponibles par le biais de la grande diffusion dans le monde analogique. Pourtant, ils restent excessivement chers, difficiles à transporter, encombrants à conserver, laborieux à cataloguer et à mettre à jour, et très difficiles d'accès aux personnes qui vivent loin d'un centre-ville. Ils sont également vulnérables, comme nous le rappelle amèrement l'incendie de la bibliothèque de Sarajevo.Avec les technologies modernes, une journée suffit pour détruire des bibliothèques qu'il a fallu des siècles pour constituer. Et en période de grand tourment social, les bibliothèques brûlent.

Nous vivons aujourd'hui dans un monde différent et inédit.

Toutes les connaissances de base, toutes les avancées en physique, en mathématiques, la plus belle musique, les arts graphiques, toute la littérature, toutes les oeuvres fixées sur pellicule au vingtième siècle peuvent être distribués partout, à tout le monde, pratiquement sans surcoût par rapport au coût nécessaire à la création de la première copie. Au 21ème siècle, nous nous trouvons ainsi face à une question morale fondamentale. Si vous pouviez fabriquer assez de pain pour nourrir la planète en ne cuisant qu'un pain et en appuyant ensuite sur un bouton, comment pourriez-vous justifier de faire payer ce pain plus cher que ce que les plus pauvres ne peuvent se permettre de payer ?

Si le coût marginal de la fabrication de ce pain est nul, alors le prix le plus compétitif du marché devrait être nul lui aussi. Mais, en laissant de côté toutes les questions de la théorie micro-économique, à la question morale « Quel devrait être le prix d'un produit qui maintient quelqu'un en vie si le lui fournir ne coûte rien », une seule réponse est possible. Il n'existe aucune justification morale pour faire payer plus cher, pour du pain qui ne coute rien, que ce que l'affamé peut payer. Chaque mort due à ce manque de pain dans ces circonstances est un meurtre.

Seulement, nous ignorons qui accuser de ce crime. C'est là que nous en sommes là aujourd'hui. C'est à la fois un accomplissement extraordinaire et un très grand défi.

Après 1789, il existait de bonnes raisons de douter de la sagesse de la Révolution, car révolution signifiait redistribution coercitive qui risquait de déboucher, comme nous l'avons vu, sur la spirale de l'échec. Dans l'économie de l'acier, ceux qui produisent l'acier deviennent des ouvriers. Ils possèdent peu d'individualité et sont considérés comme ouvriers dans une armée industrielle. Et comme Marx et d'autres l'ont souligné au milieu du 19ème siècle, cette situation avait de grandes chances de mener au progrès politique par le biais d'un conflit entre ces « armées ». Ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Nous nous trouvons à présent dans un monde tout à fait différent.

C'est le mien, le vôtre, celui des mes autres clients. C'est un monde où l'infrastructure de base est le produit du partage. La technologie de production de base n'appartient à personne en particulier. L'efficacité de ce mode de production est à présent établie dans la société dans son ensemble.

Il reste encore plus ou moins deux ans avant que Microsoft n'échoue pour de bon, et nous avons démontré, en termes économiques grossiers, l'efficacité ou la supériorité de nos procédés de fabrication. Nous avons imposé l'idée qu'il est possible de distribuer à tous l'ensemble des outils utilisés par les systèmes éducatifs du monde entier : pour la première fois, une véritable éducation publique universelle est en place. Nous avons démontré qu'avec nos logiciels, notre matériel banalisé et notre spectre électromagnétique qui n'appartient à personne, on peut installer dans les régions pauvres du monde un réseau de communication maillé, robuste et implanté en profondeur, bien plus rapidement que les infrastructures de technologies de diffusion et les téléphones du 20ème siècle. Nous commençons à prouver la viabilité de la société du 21ème siècle, qui est égalitaire par nature et structurée pour produire dans l'interêt général, de manière plus efficace que pour le bien exclusif de quelques possédants. Nous résolvons des problèmes majeurs. Nous sommes en train d'introduire de nouvelles possibilités, fondées sur des modes de fonctionnement technologiques différents, afin de répondre aux difficultés politiques fondamentales que nous rencontrons, et que nos prédécesseurs, dans leur quête d'égalité et de justice, ont rencontrées pendant des générations. La chance est de notre côté. Nous vivons à une époque où progrès technologique et fort désir de justice se combinent de façon à générer les satisfactions fondamentales qui nous ont fait défaut pendant des siècles.

Mais avec cette chance viennent les responsabilités. Nous avons l'obligation de réussir.

Tout le monde ne partage pas notre vision des choses. Selon certains, cette technologie peut elle aussi être modelée pour être compatible avec un système hiérarchique et propriétaire, qu'on peut la façonner pour passer outre la question morale que j'ai évoquée plus tôt, mais aussi pour rendre cette question invisible pour la plupart des gens, et ce pour toujours.

Les gars de l'autre camp sont eux aussi très puissants. Ils ont l'air beaucoup plus puissants que nous. Eux aussi sont clairvoyants. Eux aussi ont compris qu'il y a là un potentiel énorme, et ils n'ont pas plus qu'avant l'intention de renoncer à ce qu'ils prétendent posséder. Ces scénarios contre-utopiques ne sont pas à prendre à la légère.

Imaginez que des conteneurs en provenance d'Asie vous apportent l'équivalent de millions de dollars en produits de consommation, parmi lesquels des appareils qui utilisent tous les logiciels que nous avons créés, mais les verrouillent que nul ne puisse les bidouiller, de sorte que si vous tentez de profiter de la liberté qu'ils vous confèrent, vous ne pouvez plus visionner vos films ni écouter votre musique, vos livres s'effacent, vos livres de cours repartent à l'entrepôt à moins que vous payiez les frais d'abonnement du prochain semestre à l'éditeur, etc. L'aspect magique de cette technologie, c'est qu'on peut l'utiliser pour servir l'idéal de la distribution capitaliste – ne jamais vraiment rien donner à personne – tout comme l'utiliser pour servir notre objectif fondamental: toujours tout donner à tout le monde.

Nous voilà donc en fait dans une situation plus polarisée que d'ordinaire. Non pas parce que le peuple de Paris a faim, ni même parce que le peuple tient en horreur les lettres de cachet. Au contraire, cette population ne s'est jamais si peu offusquée qu'on envoie des gens croupir en prison sans le moindre procès. Non, nous devons cette polarisation inhabituelle au fait que les camps qui pendant des générations se sont affrontés sur les questions de l'égalité et de la justice sociale sont aujourd'hui aussi puissants l'un que l'autre.

Vous et moi, et ceux qui nous ont précédé, livrons depuis très longtemps un combat difficile.
Nous avons voulu la liberté de la connaissance dans un monde qui la refusait, qui brûlait des malheureux pour leur opinions scientifiques ou leurs croyances religieuses.
Nous avons voulu la démocratie, qui pour nous signifie la loi de la multitude pour la multitude, et avons exigé que les dirigeants d'aujourd'hui soient soumis à la force de la loi.
Et nous avons voulu un monde où l'on distingue les hommes non pas par leur couleur de peau, ni même par leur caractère, mais par les choix de vie.
Nous avons voulu que les pauvres aient assez et que les riches cessent de souffrir des maux induits par l'excès.
Nous avons voulu un monde où tout le monde aurait un toit, mangerait à sa faim, où tous les enfants iraient à l'école.

Mais on nous a toujours répondu que c'était impossible. Alors, nos efforts pour arriver ont généré de la violence, dans le camps advers comme dans le nôtre, à de trop nombreuses reprises. Nous sommes à présent dans une situation différente. Non pas que nos objectifs ou la finalité de notre action aient changé, mais parce que les changements technologiques ont rendu nos idées réalisables, de façon nouvelle et non-coercitive.

Malgré ce qu'ont pu avancer les juristes, les critiques et les propagandistes de l'autre camp, jamais, au cours de l'histoire du logiciel libre, nous n'avons forcé qui que ce soit à libérer du code. Je fais appliquer la licence GPL depuis 1993. Pendant très longtemps, j'ai été le seul à la défendre. Je n'ai jamais intenté aucun procès, parce qu'aux balbutiements de cette révolution du peuple, les tribunaux n'étaient pas le bon endroit pour mener des batailles rangées contre l'autre camp. Il y a encore dix ou quinze ans, vouloir imposer par la force nos revendications légales nous aurait valu l'échec, même en cas de victoire, parce que nous aurions été laminés par le pouvoir des riches. Avec le recul, au regard des décisions qu'ont prises mes clients je ne les ai jamais prises pour eux, j'estime que nous l'avons jouée très fine.

Quand j'ai commencé à travailler pour Richard Stallman en 1993, voici la première recommandation qu'il m'a faite concernant la défense de la GPL: "La règle numéro un, c'est qu'une demande de dommages et intérêts ne doit jamais contrarier un accord à l'amiable pour le respect de la licence. " Après y avoir longuement réfléchi, j'en ai conclu que je pouvais commencer chaque conversation téléphonique avec un contrevenant à la GPL par cette phrase magique: "Nous ne voulons pas d'argent". Une fois ces mots prononcé, la vie devenait plus simple. Ensuite, j'ajoutais: "Nous ne cherchons pas à faire parler de nous. " Et enfin: "Ce que nous voulons, c'est votre mise en conformité, et nous n'accepterons aucun compromis. Je vais à présent vous indiquer comment faire. " Et j'obtenais à chaque fois le respect de la licence. C'était pain bénit pour les deux camps. Comme tous ceux qui risquent de voir le pain bénit se raréfier vont bientôt le découvrir, le pain bénit, c'est bien, surtout quand on en récolte assez. C'est ce que nous avons fait. Nous en avons récupéré assez pour que des gens qui avaient de l'argent à investir se disent : "Ces logiciels, ils sont bons. Et ils ne vont pas nous coûter les yeux de la tête. Qui plus est, ces règles aussi sont bonnes, parce qu'elles n'ont pas vocation à coller des procès à tout crin. Elles n'ont pas été conçues pour soutirer du fric aux riches. Leur but, c'est de favoriser une véritable collaboration entre ceux qui ont les moyens et ceux qui ont les idées. Et si on mettait nos billes dans ce projet ?" Et en très peu de temps, ils se sont impliqués.

C'est le monde tel que nous le connaissons aujourd'hui. Un monde où les riches nous font profiter de leurs ressources, sans que nous les y ayons contraints, sans que nous l'ayons exigé, sans avoir eu à prélever un impôt, mais parce que nous avons partagé. Même avec eux, le partage a mieux fonctionné que les procès ou la coercition. Nous n'avons pas eu peur. Nous n'avons pas élevé de barbelés, et eux qui sont arrivés moqueurs, ils sont restés pour prêcher la bonne parole. A présent, ce que nous avons accompli est trop solide pour qu'un monopole, aussi puissant et hostile soit-il, puisse lutter contre.

C'est du bon travail que vous avez accompli, vous tous, et ce en peu de temps. Cet accomplissement a modifié l'équilibre des forces de façon minime, mais si l'on prend en compte le chemin parcouru et nos objectifs, ç'a été une immense victoire stratégique, et une bataille tactique qui n'avait rien de mineure. A présent, comme après toute victoire stratégique d'envergure, il nous faut consolider nos acquis, sinon l'adversaire nous les reprendra. C'est dans cette phase que nous allons entrer. Nous devons avoir une conscience plus forte des capacités de notre communauté.

Revenons sur ce dont j'ai parlé au début.

Dans l'économie du 21ème siècle, la production n'est pas le fruit des usines ou des ouvriers, mais des communautés. eBay est par exemple une façon efficace d'organiser une communauté pour vendre et acheter des trucs et vider les greniers, et ça génère pas mal d'argent. MySpace et Friendster - passons sur qui les possède, passons sur le but de la manoeuvre, passons sur les histoires de pédophiles -, c'est une bonne façon de traiter un problème majeur auxquelles sont confrontées la plupart de nos sociétés : comment offrir aux enfants qui grandissent et deviennent de jeunes adultes le moyen de faire l'expérience de leur identité propre. Comment leur donner les moyens de dire : "Ca, c'est moi. Voilà qui je suis. Voilà ce que je vais faire de ma vie. " Ces outils ont généré un paquet de mauvaise poésie d'ados, beaucoup de photos risquées et d'auto-portraits assez dénudés.
Mais il permet aussi de traiter d'un phénomène qui peut parfois conduire certains au suicide, et qu'on ne devrait pas prendre à la légère. Quand on a le sentiment d'être un adolescent très isolé qui vit dans un endroit où l'on ne vous comprend pas, il n'est pas négligeable de savoir qu'on peut communiquer instantanément avec des dizaines de personnes dans le monde entier, qui savent ce que vous ressentez et peuvent pour fournir le soutient adéquat. Il s'agit là d'un travail d'aide sociale très important. Nous créons des communautés qui produisent des bénéfices, et d'autres les voient comme des modèles commerciaux dont ils vont pouvoir tirer profit.

Jusqu'à un certain stade, c'est acceptable, mais lorsqu'on commence à y perdre, ça ne l'est plus. Ce genre d'activités, c'est le défi politique auquel nous sommes maintenant confrontés : comprendre comment manipuler ces processus - nous le pouvons tous car c'est nous qui fabriquons la technologie - pour récolter les bénéfices sociaux et éviter que se développent des inégalités dans les rapports de force qui empêcheraient les avancées en justice sociale que nous recherchons. C'est faisable. Et ce n'est pas que le travail des avocats.

Les inventions de Mary Lou Jepson en rapport avec l'affichage du boîtier l'OLPC vont se révéler d'une importance capitale. De ce projet (auquel j'ai consacré beaucoup de temps cette année et que tout le monde ici devrait considérer avec un grand sérieux, parce que c'est une étape majeure dans l'histoire de la technologie) ont découlé des contraintes techniques qui seront très importantes pour les ordinateurs du 21ème siècle. Primo: un enfant doit pouvoir le démonter en toute sécurité. Secundo: on doit pouvoir l'alimenter en tirant sur une ficelle. Tertio: son utilisation doit être accessible à des gens du monde entier, qui ne parlent pas la même langue, ont une vision du monde différente, et n'appréhendent pas de la même façon ce qu'est ou devrait être un ordinateur, ou ce machin que leur enfant a entre les mains. Ils doivent pouvoir le découvrir. Un enfant doit pouvoir l'explorer à l'infini et apprendre constamment en l'utilisant.

Concentrons-nous sur les deux premiers points: pouvoir l'alimenter en tirant sur une ficelle, et pouvoir le démonter en sécurité. Aucun des écrans LCD existants ne remplit ce critère, car ils contiennent un système de rétro-éclairage au mercure qui nécessite un fort voltage et recèle des substances toxiques. Alors que diriez-vous d'un écran qui fournit de belles couleurs transmissives lors d'un usage en intérieur et un affichage noir et blanc à fort contraste en plein soleil, de façon qu'on puisse l'utiliser partout, et qui consomme un dixième de l'électricité nécessaire au fonctionnement d'un écran LCD classique. Que diriez-vous d'un appareil qui ne contient aucun composant dangereux, qu'un enfant peut démonter et assembler sans risque, et ce jusqu'à ses composants, de façon qu'on puisse presque tout remplacer à demeure, le tout pour un prix de fabrication peu élevé? Grâce à l'OLPC, nous allons faire un beau cadeau aux fabricants de téléphones portables et de gadgets électroniques - ce pourquoi Quanta, le plus gros fabricant d'ordinateurs portables au monde, et les fabricants d'écrans de la Ceinture Pacifique se battent pour être les premier ou second fournisseurs d'écran pour l'OLPC.

Parce que dans ce cas précis, partager les brevets, ça vaut le coup. En d'autres termes, le monde du libre produit aujourd'hui des technologies possédant une immense capacité à rééquilibrer le pouvoir à l'échelle de l'économie traditionnelle. Nous possédons des aimants grâce auxquels nous pouvons déplacer la limaille. Nous pouvons aussi modifier l'infrastructure de la vie sociale. Grâce à nous, l'OLPC doit valoir tous les manuels scolaires de la terre. Etre l'équivalent d'un cursus gratuit au MIT. Servir de routeur pour un réseau dense. Lorsqu'un enfant le referme le soir et le pose sur une étagère, le processeur principal se met en veille, mais le système wi-fi reste allumé toute la nuit grâce à quelques dernières tractions sur la ficelle, il charrie des paquets et contribue au réseau. Le village est un réseau où les enfants ont un portables vert, violet ou orange. Et grâce à une seule borne, le village est connecté au web. Et quand le village est sur le Net, tout le monde produit quelque chose: des services, de la connaissance, de la culture, de l'art, des vidéos YouTube.

La semaine où Rodney King a été battu à mort à Los Angeles, j'ai téléphoné à un ami qui travaille sur les affaires de violences policières à Dallas, au Texas. Il m'a demandé: "Tu sais quelle est la différence entre Dallas et Los Angeles ?". J'ai répondu, "Non, je ne sais pas. ". ALors il a dit, "Moins de caméras de vidéo-surveillance. " C'était il y a longtemps. Il n'y a plus d'endroits sur Terre où il y a trop peu de caméras de vidéo-surveillance. Les fabricants d'appareils y ont remédié. Maintenant, quel est le rôle du journalisme alors que chaque village a une caméra vidéo et est sur Internet ? Que devient la diplomatie ? Quel sens cela prendra-t-il, la prochaine fois que quelqu'un commencera un sale petit génocide dans un coin perdu de la Terre, si le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique préfère feindre d'ignorer qu'il y a des caméras partout, tout le temps, dans chaque salle de séjour ? Alors que les enfants du monde entier se parlent par le réseau Internet des problèmes qui les concernent directement, sans intermédiaire, et se disent: "Est-ce que tu as ce dont nous avons besoin ? Comment se fait-il que tu aies ce dont nous avons besoin ? Comment se fait-il que nous ne puissions pas faire ce que toi tu fais ? Parce que ton père est riche ? Parce que nous sommes noirs ? Parce que nous vivons ici et pas au Nord ?"

La mondialisation est apparue jusqu'ici comme une force favorisant avant tout la propriété. Peut-être bien. Mais l'opération "One Laptop Per Child" me semble aller dans le sens de certains de nos intérêts stratégiques, c'est pourquoi je pense qu'il faut la promouvoir sans réserve et développer ce genre d'initiative.

Mais revenons à ce que nous, dans cette pièce, avons en commun.

La communauté, ai-je dit, est une puissante ressource, ce qui n'est pas très original. Le réseau crée une communauté grâce au logiciel. Mais certains programmes informatiques cimentent mieux que d'autres une communauté. Gcc est un outil très utile. Mais il n'a jamais créé de communauté à lui seul. En fait, entre autres choses, Gcc est plutôt connu pour avoir eu l'effet inverse. Et ne croyez pas que c'est une blague sur ceux qui conçoivent des compilateurs! L'interpréteur Perl, qui est aussi un bon outil, n'a jamais fédéré de communauté importante, et celle qu'il produit est, nous dirons, plutôt introvertie. Il est d'autres catégories de programmes qui fédèrent une communauté d'une façon très différente, et vous savez bien de quoi il s'agit parce que vous êtes impliqués dans ce genre de projet. Le problème que me posent les systèmes de gestion de contenu c'est que ce sont des systèmes axés sur la... gestion de contenu, ce qui n'est pas vraiment important. Par contre, le logiciel qui unit la communauté est important.

J'essaie de mener à bien un humble projet, cette année, la GPL 3, qui consiste en définitive à demander à un grand nombre de personnes très différentes, dans le monde entier, quelle forme la licence du Logiciel Libre devrait adopter, (et pourquoi ils n'apprécient pas Stallman. Ce n'est pas de ce dernier que je viens leur parler, mais c'est de lui qu'ils me parlent, eux, quoi que je fasse).

Il s'agit d'une tentative de créer une grande communauté mondiale dont les membres s'investissant dans un projet qu'ils prennent très au sérieux. Et ils le prennent vraiment très au sérieux: quand des gens se déplacent d'Allemagne jusqu'en Inde pour participer pour la seconde fois à une conférence internationale sur la GPL3, on peut dire qu'ils s'impliquent. Je me suis donc entretenu avec des tas de gens, et ce par divers moyens - certains préfèrent l'IRC, d'autres les documents classiques, d'autres encore le téléphone. Tous ces moyens de communication sont gérés par Plone. Ces groupes qui se recoupent et forment un tout grâce à des logiciels communautaires. Ils sont reliés par Voice ***spam*** IP via Asterisk, qui a complètement changé ma vie de juriste. Ceux d'entre vous qui n'ont pas encore découvert ce que le Logiciel Libre peut apporter à la téléphonie sur IP vont avoir une révélation. Nous, nous avons créé un petit logiciel qui gère une fonctionalité pour laquelle il n'existait pas d'outil satisfaisant - en fait, c'est une interface minimaliste qui donne la possibilité à un grand nombre de contributeurs de marquer un document de nombreuses façons, de sorte que tous ceux qui participent puissent voir facilement ce que les autres ont modifié, et puissent intervenir dans le processus de manière appropriée sur un mot en particulier, une tournure de phrase ou une partie de document qui les concerne.

Avant que nous ne lancions ce projet, j'ai lu des tas de commentaires disant que dès que la FSF s'y attellerait, cela mettrait le feu aux poudres. Que dès que quelqu'un s'y essaierait, ça finirait "slashdoté" en permanence. Ça ne s'est pas passé comme ça. Même Slashdot ne s'en est pas mêlé. Bien sûr, il y a eu pas mal d'attaques que je déplore, certaines venant de personnes importantes, beaucoup publiées dans "Forbes". Mais là n'est pas le problème. La cohésion de la communauté - une communauté qui comprend aussi bien des utilisateurs d'Ubuntu à Soweto qu'IBM, qui inclut des développeurs kazakhs et Hewlett-Packard, qui comporte des membres qui possèdent des milliers de brevets comme des membres qui ne savent même pas ce qu'est un brevet - cette consultation s'est déroulée, je pense, de manière remarquablement paisible et relativement constructive sur une période d'une dizaine de mois. Dans vingt ans, l'ampleur de nos réflexions sur la GPL semblera minime. Les outils que nous avons utilisé sembleront primitifs. La communauté que nous avons réunie pour débattre de la licence semblera un objet qu'un enfant de six ans pourrait assembler en deux temps trois mouvements. Paradoxalement, cela n'arrivera que parce que notre gestion des mouvements sociaux de masse deviendra bien meilleure. Vous ne verriez pas Microsoft organiser une consultation générale pour décider quelle licence finale d'utilisateur doit régir Vista. Et quand bien même cette idée leur venait, ils en seraient incapables, parce qu'ils ne sont pas organisés tranversalement, mais hiérachiquement, pour produire et vendre.

J'ai beaucoup entendu dire que Richard Stallman posait problème. Et bien demandez-vous ce qu'il en serait si le processus d'élaboration de la GPL était dirigé par Steve Ballmer!

Nous sommes donc tous ensemble en train d'apprendre, de manière très primitive, comment bâtir des infrastructures mondiales éphémères orientées vers un but précis, destinées à créer une participation efficace à la prise de décision, et nous sommes en train d'apprendre à le faire malgré des disparités culturelles et économiques importantes entre les participants. C'est la citoyenneté du 21ème siècle. Plone la rend possible.

Mais l'important, ce n'est pas ce qu'on possède. C'est ce qu'on en fait.

Pour notre part, nous avons une occasion unique. Nous tenons une place très spéciale dans l'histoire du combat pour la justice sociale. Nous disposons d'une infrastructure excpetionnelle, de nouveaux moyens de développement économique, d'un "proof of concept", de code fonctionnel. De tout ce dont nous avons besoin. Mais nous devons rester prudents, d'agir avec discernement. Nous devons savoir prendre des risques au bon moment, rester inflexibles sur les principes tout en nous adaptant facilement aux différents modes de communication. Il nous faudra bien négocier et conclure des accords avantageux. Et nous devons rester clairs, très clairs, sans aucune variation sur le fond, sur le but de ces accords, sur notre objectif final.

Si nous savons que notre but est la diffusion de la justice sociale et de l'égalité par la généralisation de l'accès à la connaissance, si nous avons conscience que notre action vise à construire une économie du partage qui concurrencera l'économie de la propriété là où elles entrent en conflit, si nous avons conscience de chercher une alternative à une redistribution coercitive des richesses, que nous empruntons une troisième voie pour régler le problème resté longtemps insoluble des injustices entre les hommes, si nous avons conscience de nos atouts et savons ce que nous essayons d'accomplir, voici venir le moment où, pour la première fois depuis des générations, nous aurons une chance de réussir.

Aujourd'hui, plus besoin de révolutions où les pauvres dépossèdent les riches. Mais nous sommes sous pression. Il y a beaucoup de monde sur Terre. Il n'y a plus beaucoup de réserves alimentaires supplémentaires, plus beaucoup d'eau potable supplémentaire disponible. Les esprits de centaines de millions de personnes dans le monde sont mobilisés par une crise de subsistance désormais évitable, et leur capacité à penser, à créer et à exister est gâchée pour toujours. Le climat change, l'atmosphère se transforme, et pendant que l'économie basée sur l'énergie fossile se désagrège, les inégalités, les disparités politiques et les autoritarismes créés par le commerce du pétrole au 20ème siècle vont provoquer des dégâts.

Nous nous trouvons donc face à de grandes occasions, de grands défis.

L'aspect positif est plus important qu'il ne l'a jamais été depuis des générations, et le côté négatif n'est pas très engageant. Il y a par conséquent énormément à accomplir. Chose assez étrange, cet effort n'a rien de douloureux. Il suffit de faire du bon boulot et de le partager. Votre réussite dans ce domaine a dépassé tous les espoirs. On ne peut que vous encourager à continuer comme ça. Mais un peu plus de conscience politique aiderait beaucoup, tout comme essayer de faire comprendre aux gens le "pourquoi" et pas seulement le "comment". Parce que les gens sont habitués au "comment". "Ah oui, Firefox, je l'utilise tout le temps!" "Pourquoi?" "Ben, pour Internet" "non non! Pourquoi l'utilises-tu, pourquoi existe-t-il?" "Oh, j'en sais rien, des gens on bien dû le créer!"

Et c'est à ce moment là, d'accord, que la voix agaçante de Stallman doit résonner dans votre tête. "Free as in Freedom". "Free software", ça veut dire "Libre comme dans Liberté". S'il n'y a qu'une chose à leur dire, c'est celle-ci. Parce qu'il faut qu'ils le sachent. Nous avons passé beaucoup de temps à rechercher la Liberté. Beaucoup sont morts en la recherchant. Pendant des générations, nous avons concédé beaucoup de sacrifices, et ceux qui se sont le plus sacrifié sont ceux que nous honorons le plus, quand nous nous souvenons d'eux. Mais certains sont tombés dans l'oubli. Ce sera probablement le sort que connaîtrons certains d'entre nous. Et nos sacrifices ne seront pas tous récompensés par des monuments et des honneurs. Mais au bout du compte, ils se révèleront payants. Cela finira bien si nous nous débrouillons bien. Nous avons recherché la liberté pendant si longtemps. La différence, c'est que cette fois-ci, nous allons gagner. Merci beaucoup.


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pyg

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Messages : 7857
Géo : Lyonnais

Sam 14 Juin, 2008 07:40

:? hum!

:shock: effectivement M. Nitot et moi ne nous ressemblons pas franchement ! :D

L'inconscient..... hein !
"A mon avis chez Microsoft ils sont infiniment plus doués pour faire du fric que pour élaborer des systèmes d'exploitation performants." Linus Torvalds
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mepis
Linux User # 415016
Jess

Messages : 1252
Géo : Palaiseau

Sam 14 Juin, 2008 10:40

Jess a écrit: :shock: effectivement M. Nitot et moi ne nous ressemblons pas franchement ! :D
« Pfiou, Heureusement ! » doivent se dire certains. :D
Téthis

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Messages : 3895
Géo : De passage chez les cathares

Sam 14 Juin, 2008 11:26

Téthis a écrit:« Pfiou, Heureusement ! » doivent se dire certains. :D


:?

hum

je ne suis sûre de savoir comment le prendre...
"A mon avis chez Microsoft ils sont infiniment plus doués pour faire du fric que pour élaborer des systèmes d'exploitation performants." Linus Torvalds
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Jess

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